Claude M'Barali, dit MC Solaar, naît le 5 mars 1969 à Dakar, au Sénégal, de parents tchadiens. Élevé en région parisienne après que l'instabilité politique du Tchad contraint sa famille à l'exil, il grandit entre Saint-Denis, Maisons-Alfort et Villeneuve-Saint-Georges. Un passage au Caire, des études de langues et de philosophie à Jussieu, et déjà, en filigrane, une sensibilité littéraire hors du commun qui ne demande qu'à s'exprimer.
C'est sur les ondes de Radio Nova qu'il pose ses premiers textes, avant de sortir en 1990 le single Bouge de là, qui devient un succès immédiat. L'année suivante, son premier album Qui sème le vent récolte le tempo est certifié disque de platine. MC Solaar s'impose d'emblée comme une figure à part dans le paysage du rap français : là où d'autres choisissent la provocation, lui choisit la langue, le jeu de mots, la référence littéraire et musicale. Gainsbourg côtoie le jazz américain, les musiques africaines dialoguent avec la philosophie — son rap est une œuvre de précision autant que de feeling.
En 1994, Prose Combat confirme son statut et s'exporte dans une vingtaine de pays. Sa collaboration avec le rappeur américain Guru sur l'album Jazzmatazz le propulse sur la scène internationale — une première pour un rappeur français. L'Académie française lui décernera plus tard sa Grande médaille de la chanson française pour l'ensemble de ses « chants poétiques ». La formule résume à elle seule ce qui fait de MC Solaar un artiste unique : il est le rappeur que l'on qualifie de poète, sans que cela sonne comme une restriction.
Les albums s'enchaînent — Paradisiaque, Cinquième As, Mach 6, Chapitre 7 — chacun explorant de nouvelles influences, du rock au jazz en passant par la musique classique, sans jamais trahir une identité forgée dès les premières rimes. En 2017, après dix ans d'absence, il revient avec Géopoétique, certifié disque de platine en moins d'un mois. Et en 2024, fidèle à son goût pour l'ambition formelle, il publie Triptyque, un album en trois parties intitulées Lueurs Célestes, Éclats Cosmiques et Balade Astrale — comme une invitation au voyage, une dernière preuve que MC Solaar n'a jamais cessé de regarder plus loin que l'horizon.
Sur cette porte massive aux teintes de bois sombre, usée par le temps et les hommes, Claude MC Solaar a choisi la sobriété du geste juste. Pas de fioriture, pas d'éclat — une écriture blanche, presque enfantine dans sa forme, qui tranche avec la brutalité de la matière avec toujours un sens de la formule inégalé : « le contexte est plus fort que le concept ».
